Quel est l’état actuel des connaissances scientifiques en matière d’environnement ? Comment s’assurer de consulter des sources d’information fiables? Existe-t-il des consensus sur certains phénomènes environnementaux ? Cet article aborde la contribution importante de certaines sources d’informations scientifiques reconnues et impartiales.
Face à l’ampleur et à la complexité des crises environnementales actuelles, l’accès à une information scientifique fiable, rigoureuse et indépendante est essentiel pour comprendre les enjeux et orienter les décisions qui nous impactent toutes et tous. Dans un contexte où la désinformation et les interprétations partielles des données scientifiques sont fréquentes, certaines organisations et institutions jouent un rôle clé en synthétisant les connaissances actuelles provenant de sources variées.
La désinformation est identifiée par l’ONU et le Forum économique mondial comme l’un des plus grands risques à court terme pour la stabilité mondiale. L’intégrité de l’information a d’ailleurs été, pour la première fois, un thème central de la COP 30 au Brésil en novembre 2025. Une vingtaine d’États qui y étaient réunis, dont le Canada, ont signé la Déclaration sur l’intégrité de l’information relative aux changements climatiques, visant notamment la promotion, le renforcement et l’accès à de l’information intègre et fiable sur les changements climatiques.
Les consensus internationaux
Certaines instances et regroupement d’expert-es contribuent à identifier les phénomènes et les données qui font consensus dans la communauté scientifique, notamment en matière de changements climatiques et de perte de la biodiversité. Ces consensus offrent des repères solides pour la prise de décision par les gouvernements, les tribunaux, les législatures et la société civile.
Découvrez deux exemples majeurs ayant comme particularité de compiler, de manière impartiale, des milliers d’études scientifiques de partout à travers le monde.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)
Son mandat
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est un organisme intergouvernemental créé par l’Organisation des Nations unies (ONU), regroupant les 195 pays membres. Il a pour mission de fournir une vision scientifique claire de l’état actuel des connaissances en matière de changements climatiques et de leur incidence potentielle sur l’environnement et la sphère socio-économique. Il compile et synthétise, de manière méthodique et impartiale, les études scientifiques publiées à travers le monde pour expliquer les causes du changement climatique, ses effets potentiels et les réponses possibles. L’objectif de ses rapports est principalement d’éclairer la prise de décision par les gouvernements.
Les rapports et méthodes d’évaluation du GIEC
À chaque cycle, le GIEC choisit les sujets qui seront évalués et produit un rapport. Le rapport du sixième cycle d’évaluation a été publié en 2023. Il produit aussi des rapports spéciaux sur des thèmes précis ainsi que des rapports méthodologiques, par exemple, sur les inventaires d’émissions de gaz à effet de serre.
Son processus d’évaluation rigoureux est mené par un groupe d’expert·es provenant des différents États membres. Les expert·es contribuent, sur une base volontaire, à titre d’auteurs, de collaborateurs ou d’examinateurs. L’information utilisée provient de publications scientifiques évaluées de manière indépendante par des spécialistes du domaine, en plus de rapports gouvernementaux et du secteur privé. Le groupe d’expert·es a la responsabilité de s’assurer de la qualité et de la validité des sources. À la fin de la rédaction, le rapport est révisé par d’autres expert·es, ainsi que par les gouvernements, qui vérifient l’exactitude du contenu scientifique et des résultats.
Pourquoi consulter les rapports du GIEC
Ces rapports sont pertinents pour comprendre l’ampleur actuelle du réchauffement climatique et ses impacts observés et attendus, notamment sur les écosystèmes, les ressources en eau, l’agriculture, la santé humaine, et la montée du niveau de la mer. Ils documentent l’influence des êtres humains sur le réchauffement de l’atmosphère, des océans et des continents ainsi que les particularités régionales de ce réchauffement. De plus, ils présentent différents scénarios d’évolution du climat en fonction du développement et des politiques climatiques que les États choisiront de mettre en place. Ils exposent également des solutions possibles pour réduire les émissions de GES et s’adapter au changement.
Les rapports du GIEC présentent l’état actuel des connaissances scientifiques sur le climat, retenant les conclusions les plus solidement étayées par la littérature et soulignant les incertitudes, les désaccords et les manques de données. Les rapports du GIEC convergent donc avec la vaste majorité des études scientifiques menées partout à travers le monde. Il est intéressant de noter que, déjà, dans les années 1980 et 1990, même des études internes de compagnies pétrolières parvenaient à des conclusions similaires à celles du GIEC concernant le risque de réchauffement climatique causé par l’humain. Ces risques ont toutefois été dissimulés par certaines entreprises.
La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES)
Son mandat
L’IPBES est une organisation intergouvernementale indépendante qui vise à renforcer l’interface entre la science et les politiques publiques en matière de biodiversité et de services écosystémiques. Souvent présentée comme «le GIEC de la biodiversité», elle compile et synthétise la littérature scientifique existante à travers le monde afin d’éclairer la prise de décision par les gouvernements. L’IPBES a été fondée en 2012 par les gouvernements de 94 pays et en regroupe aujourd’hui plus de 130.
La composition et les publications de l’IPBES
Les rapports et méthodes d’évaluation de l’IPBES sont similaires à ceux du GIEC. L’IPBES synthétise la littérature scientifique existante afin d’évaluer l’état des connaissances, les consensus, les incertitudes et les désaccords. Ses rapports sont élaborés par des groupes d’expert·es bénévoles provenant des différents pays membres et sont soumis à plusieurs cycles de relecture par des spécialistes et par les États membres. Il y a également une implication des organisations à but non lucratif, des établissements d’enseignement et de recherche, des communautés locales et autochtones et des représentants du secteur privé. Les rapports de l’IPBES se distinguent par des mécanismes d’intégration des savoirs autochtones et locaux.
À ce jour, l’IPBES a publié treize rapports d’évaluation sur des thèmes tels que la biodiversité et les changements climatiques, les espèces invasives, la dégradation et la restauration des terres et la pollinisation. Elle a entamé en 2024 un deuxième processus d’évaluation globale de la biodiversité et des services écosystémiques.
Pourquoi consulter les rapports de l’IPBES
Les rapports de l’IPBES sont axés sur la biodiversité et les services écosystémiques. Ils sont notamment pertinents pour comprendre le déclin de la biodiversité et ses impacts sur la population humaine (sécurité alimentaire, économie, santé, bien-être…). Ils présentent par exemple l’état des connaissances sur les espèces menacées, la perte d’habitats naturels, la fragmentation des écosystèmes ainsi que sur les bénéfices que les humains tirent de la nature. De plus, ils présentent différents scénarios d’évolution de la biodiversité en fonction du développement et des mesures de conservation et de restauration que les États choisiront de mettre en place. En bref, les rapports fournissent une base fiable pour orienter les décisions politiques et les actions de conservation.
Au Québec et au Canada, d’autres sources d’information fiables
En plus des organisations scientifiques internationales, certains organismes, tant au Québec qu’à l’échelle fédérale, ont comme rôle de fournir de l’information à jour et fiable sur les politiques et la gouvernance environnementale.
En voici quelques exemples :
Le Comité consultatif sur les changements climatiques (CCCC)
Au niveau provincial, le Comité consultatif sur les changements climatiques (CCCC) est un comité indépendant établi en vertu de la Loi visant principalement la gouvernance efficace de la lutte contre les changements climatiques et à favoriser l’électrification. Formé de membres ayant une expertise en matière climatique, dont la majorité doit être issue du milieu scientifique, le CCCC a pour mandat de conseiller le gouvernement sur « les orientations, les programmes, les politiques et les stratégies en matière de lutte contre les changements climatiques dans une perspective d’amélioration continue et en tenant compte de l’évolution des connaissances scientifiques et technologiques ». Le CCCC accomplit son mandat en publiant des avis au ministre de manière régulière, avis qui sont par la suite rendus accessibles au public. Bien que ses avis ne soient pas contraignants à l’égard du gouvernement, le statut du Comité, sa composition et son indépendance font de ceux-ci des sources fiables d’information en matière de changements climatiques au Québec.
Ouranos
En matière de recherche scientifique sur les changements climatiques au Québec, un autre organisme à souligner est Ouranos, organisme indépendant financé par le Gouvernement du Québec, Hydro-Québec et Environnement et Changement climatique Canada, ayant pour objectif d’aider la société québécoise dans son adaptation aux changements climatiques. Ouranos adopte une structure de réseau, à travers laquelle il stimule la recherche et met en contact les milieux scientifiques avec les acteurs de l’adaptation. L’organisme diffuse les travaux des scientifiques de son réseau et publie des rapports de synthèse donnant un portrait complet de la science des changements climatiques au Québec.
L'Institut Climatique du Canada
Au niveau fédéral, un organisme de premier plan en matière de recherche sur les politiques climatiques est l’Institut climatique du Canada (ICC). Contrairement au CCCC québécois, l’ICC n’est pas établi en vertu d’une loi, mais a été fondé à la suite d’un appel à soumissions lancé par le ministère de l’Environnement et du Changements climatique en 2018.
Tout comme le CCCC, l’ICC demeure indépendant du gouvernement et effectue de la recherche de pointe. La recherche de l’ICC s’aligne sur cinq axes principaux : la croissance propre, l’atténuation, l’adaptation, la recherche autochtone et la finance durable.
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada
En matière d’information quant aux espèces menacées, un organisme faisant figure d’autorité au Canada est le Comité sur la situation des espèces en péril du Canada (COSEPAC). Le COSEPAC est établi en vertu de la Loi sur les espèces en péril, qui définit également sa composition et ses fonctions. Les membres du COSEPAC se réunissent deux fois par année afin d’évaluer la situation des espèces sauvages au Canada. Les résultats de ces évaluations sont disponibles au public sur le site internet du Comité.
Pour aller plus loin
Le dernier rapport d’évaluation globale du GIEC (en anglais)
Le dernier rapport d’évaluation globale de l’IPBES (en anglais)
L’Institut climatique du Canada
Le comité consultatif sur les changements climatiques
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada
La coalition Climate Action against disinformation
L’Initiative Mondiale pour l’Intégrité de l’Information sur le Changement Climatique
Attention: Cet article présente le droit en vigueur au Québec et est fourni à titre informatif uniquement. Il ne constitue pas un avis juridique et ne devrait pas être interprété comme tel. Pour obtenir des conseils juridiques, vous pouvez consulter un·e avocat·e ou un·e notaire. Pour obtenir de l’information juridique, vous pouvez contacter les juristes du CQDE.
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Publié en janvier 2026.
Merci à Kieu-Nhi Vu pour sa contribution à cet article.

