En 2020, le gouvernement du Québec adopte une réforme qui portait sur la gouvernance climatique dans le cadre de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE), afin de maintenir l’objectif de réduire, d’ici 2030, les émissions de gaz à effet de serre de 37,5% sous leur niveau de 1990.
Comme prévu dans la LQE, le gouvernement effectue sa première révision quinquennale en décembre 2025.
Bien qu’il s’agisse d’un moment crucial, cette révision déterminant notre capacité à protéger nos conditions de vie et à faire notre juste part pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C, le gouvernement de Québec annonce le 21 janvier 2026, repousser l’atteinte de la cible de réduction de 5 ans (37,5 % sous le niveau de 1990 d’ici 2035).
Une décision lourde de conséquence pour l’environnement, la santé et la sécurité de la population, qui s’apprête également à fragiliser la base même du marché du carbone, l’un des piliers de la politique de lutte contre les changements climatiques.
Enjeux
À quelques jours du 10e anniversaire de l’Accord de Paris, le gouvernement du Québec a revu son ambition climatique à la baisse, alors même que la crise climatique s’aggrave et que les données scientifiques exigent d’agir plus vite et plus fort.
Le Comité consultatif sur les changements climatiques du Québec, organisme indépendant ayant pour mandat de conseiller le gouvernement en matière climatique, rappellait clairement que :
- la cible doit refléter le plus haut niveau d’ambition possible ;
- le Québec est en retard dans l’adoption de changements structurels pourtant essentiels à la décarbonation de l’économie ;
- il est urgent de rehausser les efforts à court et moyen terme.
En juillet 2025, dans un avis consultatif historique, la Cour internationale de justice a reconnu la crise climatique comme une menace urgente et existentielle. Selon elle et pour reprendre les mots du service de presse des Nations unies, tous les gouvernements doivent désormais répondre non seulement devant leurs peuples, mais aussi devant le droit. La Cour a d’ailleurs clairement statué qu’en vertu de l’Accord de Paris, l’action climatique étatique, y compris les cibles de réduction de GES, doivent être ambitieuses et représenter une progression dans le temps.
Notre position
Le CQDE dénonce avec d’autres organismes environnementaux le recul des cibles par le Québec, une décision jugée aussi irresponsable qu’incompatible avec le respect de l’Accord de Paris.
« Une révision à la baisse de nos cibles dans un contexte de crise climatique n’est pas pragmatique. C’est une décision irresponsable qui amplifie le fardeau sur les prochaines générations. Opposer l’environnement et l’économie est un réflexe d’un autre âge.»
Rappelons que le CQDE appuyait les conclusions de l’avis du Comité consultatif sur les changements climatiques et partageait l’analyse selon laquelle la cible de réduction pour 2030 devait être renforcée, avec des cibles intermédiaires permettant d’assurer une trajectoire crédible vers la carboneutralité en 2045. Il soutenait également :
- l’adoption d’un budget carbone inspiré notamment du modèle britannique ;
- l’élaboration de cadres réglementaires robustes pour la séquestration du carbone ;
- et la mise en place de mesures d’écofiscalité structurantes.
En plus du dépôt d’un mémoire pour partager ses préoccupations et émettre des recommandations, le CQDE a proposé une action de mobilisation citoyenne pour exiger du ministre de l’Environnement qu’il dote le Québec de cibles climatiques ambitieuses, alignées sur la science, et que les moyens nécessaires soient déployés pour y arriver.

